15 novembre 2009

L’émigration du prophète

Dès qu’on eut pris l'injuste décision d’assassiner le Prophète (que la prière et la paix d'Allah soient sur lui) Jibril descendit et vint informer celui-ci, par révélation de son Seigneur, du complot des Koraïchites. Il l’informa aussi qu’Allah lui ordonnait de sortir et qu’il lui avait précisé le moment de son émigration en ces termes : « Cette nuit, ne dors pas dans ton lit, comme d’habitude.»

A midi, le Prophète (que la prière et la paix d'Allah soient sur lui) alla voir Abû Bakr (qu’Allah soit satisfait de lui) pour définir avec lui les étapes de l’émigration. A cet égard, Aicha (qu’Allah soit satisfait d’elle) dit : « Pendant que nous étions assis chez Abû Bakr à midi pile, quelqu’un dit à celui-ci : « Voici le Messager d’Allah (que la prière et la paix d'Allah soient sur lui) qui arrive, à un moment où d’habitude, il ne venait pas par ici.» Abû Bakr dit : « Par Allah ! Ce qui l’amène par ici à pareille heure est important !» Le Prophète (que la prière et la paix d'Allah soient sur lui) arriva, demanda la permission d’entrer, se la fit accorder, entra et dit à Abû Bakr : « Sors de chez toi !»

Abû Bakr lui dit : « je jure que ceux-ci sont plutôt de ta famille. » Le Prophète (que la prière et la paix d'Allah soient sur lui) reprit : « On m’a donné la permission de sortir.» Abû Bakr s’enquit : « Je t’accompagne ? » Le Messager d’Allah (que la prière et la paix d'Allah soient sur lui) répondit : « oui.»

Après la définition des étapes de l’émigration, le Prophète (que la prière et la paix d'Allah soient sur lui) rentra chez lui attendant la tombée de la nuit.»

Encerclement de la maison du Prophète (que la prière et la paix d'Allah soient sur lui)

S’agissant des grands malfaiteurs des Koraïchites, ils passèrent leur journée à préparer la mise à exécution du plan monté et approuvé par le parlement de La Mecque, le matin même.
A cette fin, onze principaux malfaiteurs avaient été choisis, à savoir : Abû Jahl ibn Hichâm, Al-Hakam ibn Abil-As, Okba ibn Abi Mouait, An-Nadr ibn Al-Hârith, Omayya ibn Khalaf, Zomaa ibn Al-Aswad, Touaaima ibn Adi, Abû Lahab, Oubai ibn Khalaf, Nabih ibn Al-Hajjâj et le frère de Nabih : Monabih ibn Al-Hajjâj.

Ibn Ishâk dit : « Au premier tiers de la nuit, ils se regroupèrent devant la porte de sa chambre attendant qu’il sorte pour sauter sur lui. Le Prophète (que la prière et la paix d'Allah soient sur lui) avait l’habitude de dormir pendant la première partie de la nuit pour se réveiller à la moitié ou aux trois quarts de celle-ci et se rendre à la sainte mosquée où il se mettait à prier. Les malfaiteurs avaient la ferme conviction que leur sale complot réussirait. Ils étaient tellement confiants qu’Abû Jahl, dans sa vanité et son orgueil dit, s’adressant à ses compagnons encerclant la maison, avec moquerie et persiflage : « Muhammad prétend que si vous le suivez dans ce à quoi il vous appelle, vous serez ressuscités après votre mort pour jouir de paradis pareils à ceux d’Al-Ordon. Sinon, selon lui, il vous égorgera, après quoi vous serez ressuscités pour brûler dans un feu qu’on vous aura préparé.»

L’heure de la réalisation du complot était fixée au-delà de minuit, au moment où le Prophète (que la prière et la paix d'Allah soient sur lui) sortirait de chez lui. Les malfaiteurs veillèrent, dans l’attente de l’heure prévue. Cependant Allah déjoua leur complot, Lui qui détient le royaume des cieux et de la terre, Lui qui fait ce qu’Il veut, qui protège et que rien ni personne ne protège. Il avait réalisé ce dont Il avait parlé à son Messager (que la prière et la paix d'Allah soient sur lui) :

« (Et rappelle-toi) le moment où les mécréants complotaient contre toi pour t’emprisonner ou t’assassiner ou te bannir. Ils complotèrent, mais Allah a fait échouer leur complot, et Allah est le meilleur en stratagèmes. »

Sourate 8 : ‘ Le butin’- verset 30

Le Messager d’Allah (que la prière et la paix d'Allah soient sur lui) quitta sa maison.

Malgré tous leurs préparatifs, les Koraïchites essuyèrent un échec lamentable dans la réalisation de leur complot. Cette nuit-là, le Messager d’Allah (que la prière et la paix d'Allah soient sur lui) dit à Ali ibn Abi Tâlib :

« Dors dans mon lit ! Enveloppe-toi dans mon manteau vert de Hadramaout. Dors-y. Ils ne te feront rien de mal.»

C’est dans ce manteau que dormait toujours le Prophète (que la prière et la paix d'Allah soient sur lui). Ainsi Ali ibn Abi Tâlib dormit dans le lit du Prophète , le remplaçant pour cette nuit-là. Le Messager d’Allah (que la prière et la paix d'Allah soient sur lui) sortit, traversa les rangs des assiégeants et prit une poignée de sable qu’il répandit sur leurs têtes. Allah leur avait voilé les yeux. Il dit :

« et Nous mettrons une barrière devant eux et une barrière derrière eux ; Nous les recouvrirons d’un voile : et voilà qu’ils ne pourront rien voir. »

Sourate 36 : ‘ Ya sin' -verset 9.

Il n’y eut aucun d’eux à qui il ne mit du sable sur la tête avant d’aller chez Abû Bakr. Ensemble, et dans la nuit, ils sortirent par un soupirail dans la maison d’Abû Bakr et rejoignirent la grotte de Thawr, en direction du Yémen.

Les assiégeants continuèrent à attendre l’heure de commettre leur forfait. Peu avant ce moment, ils se rendirent compte de leur échec et furent frappés de déception. Quelqu’un n’appartenant pas à leur milice les avait trouvés en train d’attendre devant la porte et leur dit : « Qu’est-ce que vous attendez ? » Ils répondirent : « Muhammad. » L’homme reprit : « Désolé ! Vous l’avez raté. Par Allah ! Il est passé devant vous et à répandu du sable sur vos têtes. Il s’en est allé vaquer à ses affaires.» Ils dirent : « Par Allah ! Nous ne l’avons pas vu.» Cela dit, ils se dressèrent, faisant tomber le sable de leurs têtes. Toutefois, ils regardèrent par le trou de la porte de la chambre, virent Ali et dirent : « Par Allah ! Voici Muhammad en train de dormir. Il s’est couvert de son manteau !» Aussi, ne bougèrent-ils pas jusqu’au matin.

Alors, Ali sortit du lit et leur tomba dans les bras. Les malfaiteurs l’interrogèrent au sujet du Prophète (que la prière et la paix d'Allah soient sur lui) et il répondit : « Je ne sais rien de lui.»

DE LA MAISON A LA GROTTE

Le Messager d’Allah (que la prière et la paix d'Allah soient sur lui) quitta sa maison dans la nuit du 27 Safar (deuxième mois) de l’an 14 de la prophétie (nuit du 12 au 13 septembre 622 du calendrier Grégorien.)

Il se rendit chez son compagnon, Abû Bakr (qu’Allah soit satisfait de lui), l’homme le plus sûr pour sa compagnie et pour ses biens. Ensemble ils quittèrent en passant par une arrière-porte et se dépêchèrent de sortir de La Mecque, avant le point de l’aube. Sachant que les Koraïchites trouveraient à force de chercher et que le chemin vers lequel les regards allaient d’abords s’orienter était le chemin principal de Médine allant vers le Nord, le Prophète (que la prière et la paix d'Allah soient sur lui) emprunta le chemin diamétralement opposé, à savoir, celui situé au sud de La Mecque et allant vers le Yémen.

Il fit une distance d’environ neuf kilomètres sur ce chemin, atteignit une haute montagne connue sous le nom de montagne de Thawr. A ce niveau, le chemin était escarpé, pierreux et difficile à escalader. Alors le Prophète (que la prière et la paix d'Allah soient sur lui) marcha pieds nus. Une autre version précise qu’il marchait sur le chemin sur la pointe des pieds pour ne pas laisser de traces et ainsi, marcha pieds nus. Quoi qu’il en fût, Abû Bakr le porta lorsqu’il eut atteint la montagne et fit des efforts jusqu’à une grotte située au sommet de la montagne, grotte connue dans l’histoire sous le nom de « grotte de Thawr».

Le Prophète (que la prière et la paix d'Allah soient sur lui) et Abû Bakr à l’intérieur de la grotte

Une fois la grotte atteinte, Abû Bakr dit au Prophète (que la prière et la paix d'Allah soient sur lui) : « Par Allah ! Tu n’entreras qu’après que je l’aurai fait. S’il y a quelque chose de dangereux, il m’emportera pour te laisser sain et sauf.» Sur ces mots, il entra dans la grotte et la balaya. Il trouva un trou, dans l’une des parois, et aussitôt déchira son manteau pour le boucher. Toutefois il y avait encore deux autres trous : il les boucha avec ses pieds. Ensuite, il dit au Messager d’Allah (que la prière et la paix d'Allah soient sur lui) : « Entre ! »

Le Prophète (que la prière et la paix d'Allah soient sur lui) entra, plaça sa tête sur une pierre et dormit. Abû Bakr fut blessé au pied par une pierre mais ne bougea pas de peur d’attirer l’attention de son compagnon. Il pleurait. Ses larmes tombèrent sur le visage du Messager d’Allah (que la prière et la paix d'Allah soient sur lui). Celui-ci dit : « Qu’as-tu donc, Abû Bakr ? » Ce dernier répondit : « Je suis blessé.» Le Prophète (que la prière et la paix d'Allah soient sur lui) cracha sur la blessure et celle-ci disparut.

Les deux compagnons se cachèrent dans la grotte pendant trois nuits : celles du vendredi, du samedi et du dimanche. Abdoullah ibn Abû Bakr était avec eux. A ce sujet Aicha dit : « C’était un jeune, intelligent et ingénieux.» Il les quittait vers la fin de la nuit, à l’aube et, au matin, se retrouvait avec les Koraïchites, comme s’il avait passé la nuit à La Mecque. Il prenait connaissance de toutes les tractations et machinations et, la nuit, il venait leur en apporter les nouvelles. Au-dessus de la grotte, Amir ibn Fouhayra, l’esclave affranchi d’Abû Bakr gardait des moutons qu’il laissait, à un certain moment de la nuit, camper au-dessus de la grotte. De la sorte, il leur fournissait du lait toute la nuit. A l’aube, il les quittait, poussant ses moutons au loin. Ainsi faisait-il dans chacune des trois nuits. Amir ibn Fouhayra suivait, avec ses moutons, les traces d’Abdoullah ibn Abû Bakr, après le départ de celui-ci pour La Mecque, en vue de les effacer.

Quant aux Koraïchites, ils étaient fous de rage lorsqu’ils apprirent que le Messager d’Allah (que la prière et la paix d'Allah soient sur lui) s’était échappé à la sortie de la nuit où l’on devait réaliser le complot. Leur première réaction fut de frapper Ali, de le traîner jusqu’à la Kaaba où ils l’enfermèrent pendant une heure, dans l’espoir d’obtenir de lui des informations au sujet du Prophète (que la prière et la paix d'Allah soient sur lui) et d’Abû Bakr.

N’ayant rien tiré d’Ali, ils se rendirent chez Abû Bakr et frappèrent à la porte. Alors, Asmâ, la fille d’Abû Bakr sortit. Ils lui dirent : « Où est ton père ? » Elle répondit : « Par Allah ! Je ne sais pas où il est.» Abû Jahl l’ignoble et le pervers leva la main et lui asséna une gifle qui fit tomber sa boucle d’oreille. Les Koraïchites décidèrent ensuite, au cours d’une séance extraordinaire tenue en urgence, de mettre en œuvre tous les moyens susceptibles de permettre la capture des deux hommes. Toutes les routes et les pistes partant de La Mecque furent mises sous la surveillance d’hommes armés jusqu’aux dents. De même, les Koraïchites offrirent une grosse prime de cent chamelles par fugitif, soit deux cents chamelles à quiconque les ramenait morts ou vivants. Alors, les cavaliers, les fantassins et les pisteurs se mirent à chercher. Ils se disséminèrent dans les montagnes et les vallées, dans les vallons et sur les plateaux, mais en vain. Les poursuivants arrivèrent jusqu’à l’entrée de la grotte, cependant, Allah les fit échouer. Abû Bakr dont les propos ont été rapportés par Anas et ensuite par al-Boukhârî, dit : « J’étais avec le Prophète (que la prière et la paix d'Allah soient sur lui) dans la grotte. Levant la tête, je vis les pieds des poursuivants et aussitôt dis : « Ô Messager d’Allah: « Si l’un d’eux baissait les regards il nous apercevrait ». Le Prophète (que la prière et la paix d'Allah soient sur lui) répondit : « Tais-toi, Abû Bakr ! Nous sommes deux et Allah nous complète en troisième ». Une autre information donne : « Que penses-tu, Ô Abû Bakr, de deux qu’Allah complète en troisième ? ». Alors qu’il ne restait entre les poursuivants et le Prophète (que la prière et la paix d'Allah soient sur lui) que quelques petits pas à franchir, ceux-ci rebroussèrent chemin. C’était là un miracle qu’Allah dédia à son Prophète (que la prière et la paix d'Allah soient sur lui).

SUR LA ROUTE DE MEDINE

Lorsque le feu de la recherche se fut éteint et qu’eurent cessé les investigations et les enquêtes, après l’effervescence des Koraïchites ayant abouti à une poursuite de trois jours sans aucun résultat, le Messager d’Allah (que la prière et la paix d'Allah soient sur lui) et son compagnon sortirent pour se rendre à Médine. Ils avaient déjà engagé à leur service Abdallah ibn Ouraykit Al-Laythi, un guide habile et expérimenté. Celui-ci professait la même religion que les Koraïchites. Toutefois, ils lui firent confiance et lui remirent leurs deux chamelles, lui fixant rendez-vous trois jours après, à la grotte de Thawr, où il devait se présenter muni des deux bêtes. Dans la nuit du lundi premier jour de Rabia al-Awwal de la première année de l’hégire (16 septembre 622 du calendrier grégorien), Abdoullah ibn Ouraykit leur apporta les deux montures et alors, Abû Bakr dit au Prophète (que la prière et la paix d'Allah soient sur lui) : « Ô Messager d’Allah ! Prend l’une de ces deux montures. » Il rapprocha de lui la meilleure des deux, mais le Prophète accepta à condition d’en payer le prix.

Asmâ, la fille d’Abû Bakr (Qu’Allah soit satisfait d’elle et de son père) vînt apporter leur vase. Toutefois, elle avait oublié d’y mettre l’anse par laquelle on l’accrochait. Lorsqu’après leur départ, allant accrocher le vase, elle se rendit compte que celui-ci n’avait pas d’accrochoir, elle coupa sa ceinture en deux morceaux, dont elle utilisa l’un comme accrochoir et l’autre comme collier. C’est pour cela qu’on l’appelait la « femme aux deux ceintures.»

Ensuite, le Messager d’Allah (que la prière et la paix d'Allah soient sur lui), Abû Bakr (qu’Allah soit satisfait de lui) et Amir ibn Fouhayra se mirent en route, en compagnie du guide Abdoullah ibn Ouraykit, le long de la côte. Ayant quitté la grotte, ce dernier tendit d’abord à aller vers le sud en direction du Yémen et ensuite alla vers l’ouest en direction de la côte. De la sorte, il parvint à un chemin que les gens n’avaient pas l’habitude d’emprunter, bifurqua vers le nord peu avant la côte de la mer rouge et recoupa une voie que presque personne n’utilisait.

Ibn Ishâq a mentionné les endroits où passa le Messager d’Allah (que la prière et la paix d'Allah soient sur lui). A cet égard, il dit : « Après être sorti avec eux, le guide passa par la partie inférieure de La Mecque et, ensuite, faisant son chemin le long de la côte, finit par recouper la route passant par Osfân. De là, il passa sous Amajj, continua pour recouper la route après avoir traversé un corridor. Poursuivant son chemin, il s’achemina vers Al-Khirâr, Thanyatoul-Mourra, et Lakfâ. Il dépassa Madlajat Lakf, entra dans Madlajat Majâh, s’achemina vers Marjah Mahâj, entra dans Marjah Thil-Ghadwain et à l’intérieur de Thi Kichr. A partir de là, il se dirigea vers Al-Jadâjid, Al-Ajrad, alla vers Thi Salam partie de Batn Madlajat Taaahon, s’achemina vers Al- Abâbîd. Il dépassa ensuite Al-Fâja, descendit Al-Araj, alla vers Thaniyatoul-Aa’ir- du côté droit de Rakouba- descendit Batn Ri’i et arriva à Qoubâ. Voici quelques aspects de ce qui arriva en route :

1. Selon un rapport d’al-Boukhârî, Abû Bakr As-Siddik (qu’Allah soit satisfait de lui) dit : « Nous avons voyagé toute la nuit et aussi, le lendemain jusqu’à midi. La route était déserte. Personne d’autre n’y passait. Un long rocher nous surplombait masquant les rayons du soleil. Nous descendîmes donc à son ombre. Je nivelai de ma main une place où le Messager d’Allah (que la prière et la paix d'Allah soient sur lui) pouvait dormir, après quoi j’y étalai de la fourrure puis dis : « Dors ! Ô Messager d’Allah ! Je vais nettoyer les alentours.» Après que le Messager d’Allah fut endormi, je sortis pour nettoyer les alentours. Soudain, mon regard se posa sur un berger qui, avec ses moutons, venait vers le rocher, pour, en fait, faire comme nous. Alors je lui dis : « A qui appartiens-tu, mon garçon ? » Il répondit : « A un médinois ou un mecquois.» (le doute ne vient pas du berger bien sûr, mais d’une des personnes qui nous rapporte l’histoire) Je repris : « Tes moutons ont-ils du lait ? » Il répondit : « Oui.» Je dis : « Vas-tu donc traire ? » Il répondit : « Oui. » et attrapa une brebis. Je lui dis : « Enlève le sable, les poils et les impuretés qui se trouvent sur les mamelles ! » Il s’affaira à traire un peu de lait dans un récipient cubique. J’avais avec moi une gourde que je portais pour le Prophète (que la prière et la paix d'Allah soient sur lui), gourde à laquelle il se désaltérait et faisait ses ablutions. Je retournai auprès du Prophète (que la prière et la paix d'Allah soient sur lui) mais évitai de le réveiller. Lorsqu’il se fut réveillé, je refroidis le lait en y ajoutant de l’eau puis lui dit : « Bois ! Messager d’Allah ». Il but à son aise et dit : « N’est-il pas l’heure de partir ? » Je répondis : « Si.» Alors nous repartîmes.

2. Abû Bakr (qu’Allah soit satisfait de lui) avait l’habitude d’être à la disposition du Messager d’Allah (que la prière et la paix d'Allah soient sur lui). C’était un vieillard que l’on connaissait et le Prophète (que la prière et la paix d'Allah soient sur lui) un jeune que l’on ne connaissait pas. Ainsi, un homme rencontra Abû Bakr et lui dit : « Qui est celui qui avec toi ? » Abû Bakr répondit : « Il me montre le chemin.» L’homme, par méconnaissance pensait qu’Abû Bakr voulait dire le chemin terrestre, alors qu’il ne s’agissait que de la voie du bien.

3. Sourâkah ibn Mâlik rejoignit le Prophète (que la prière et la paix d'Allah soient sur lui) et Abû Bakr. A cet égard, il dit : « Pendant que j’étais assis dans l’un des conseils de ma tribu, Banî Madlaj, un homme arriva et, nous surplombant puisque nous étions assis, dit : « Ô Sourâkah, j’ai vu des silhouettes sur la côte. Je pense que c’est Muhammad et ses compagnons ! » Je sus aussitôt que c’était eux, mais lui répondis : « Non ; ce ne sont pas eux. Tu as plutôt vu tel et tel qui sont partis devant nous.» Ensuite, je restai pendant une heure au conseil avant de me lever pour rentrer chez moi. Je dis à ma captive de me sortir mon cheval qui se trouvait derrière une butte de terre, sous sa garde. Je pris ma lance, sortis par l’arrière de la maison et, marchant, me mis à planifier mon voyage jusqu’au cheval que j’enfourchai. Celui-ci me transporta au point de m’emmener à proximité d’eux et ensuite trébuchant, me désarçonna. Me relevant, je me dépêchai de mettre la main sur mon carquois. J’en sortis ensuite mes baguettes que je consultai. Tomberais-je sur la bonne baguette ou sur la mauvaise ? Ce fut celle que je détestais qui sortit. Alors, je remontai à cheval, désobéissant aux baguettes. Je m’approchai et m’approchai encore au point d’entendre le Prophète (que la prière et la paix d'Allah soient sur lui) réciter le Coran. A ce que je voyais, lui ne se retournait guère, mais Abû Bakr quant à lui se retournait très souvent. Par la suite, les pattes de mon cheval s’enlisèrent dans le sable jusqu’aux genoux et me voilà encore désarçonné. Je rabrouai l’animal et me relevai, mais c’est à peine si celui-ci avait sorti ses pattes. Lorsqu’il y fut parvenu, il en résulta un nuage de poussière montant vers le ciel comme de la fumée. Je consultai encore mes baguettes et celle que je détestais sortit de nouveau. Alors, me détournant de tout cela, j’interpellai prudemment les gens que je poursuivais et les voilà qui s’arrêtèrent. Je me remis en scelle et ensuite pus les rejoindre. J’avais l’intime conviction que l’on me retenait en prison pour m’empêcher de les suivre, que la cause du Messager d’Allah (que la prière et la paix d'Allah soient sur lui) triompherait. Je dis à celui-ci : « Ta tribu a mis ta tête à prix.» Je les informai de ce que les gens leur voulaient et leur offris des provisions de route. Toutefois, ils ne m’informèrent ni ne me posèrent de questions. Le Prophète (que la prière et la paix d'Allah soient sur lui) se contenta de dire : « Il vaut mieux que tu t’éloignes de nous.» Je lui demandai de m’écrire des versets. Alors, Il ordonna à Amir ibn Fouhayra de le faire et celui-ci le fit sur un morceau de peau de bête.» Dans un certain rapport, Abû Bakr dit : « Nous nous mîmes en route. Les gens nous cherchaient et personne d’autre que Sourâkah ibn Mâlik ibn Jaacham ne parvint à nous rattraper, monté sur son cheval. Alors, je dis : « Quelqu’un nous rattrape ! Ô Messager d’Allah ! » Il dit :

« Ne t’afflige pas, Allah est avec nous »

(Sourate 9 : ‘Le repentir’ –verset 40).

Sourâkah s’en retourna. Il trouva sur son chemin des gens qui cherchaient toujours et leur dit : « j’ai déjà fouillé les parages et vous informe qu’il n’y a rien.» Ainsi, le jour il s’activait en la faveur des recherchés et la nuit servait de gardien à ceux-ci.

4. Dans son voyage vers Médine le Prophète (que la prière et la paix d'Allah soient sur lui) passa devant les deux tentes d’Oumm Maabad de la tribu des Kouzâma. C’était une femme obèse et robuste qui, restant dans la cour de sa tente, nourrissait et désaltérait les passants. Le Prophète (que la prière et la paix d'Allah soient sur lui) et Abû Bakr l’interrogèrent : « Y a-t-il quelque chose chez toi ? » Elle répondit : « Par Allah ! S’il y avait quelque chose chez moi, les villages ne seraient pas plus pauvres.» En fait, c’était une année de pénurie. Le Messager d’Allah (que la prière et la paix d'Allah soient sur lui) regarda par la fente de la tente vit une brebis et dit : « Et cette brebis, Oumm Maabad ? » Elle répondit : « C’est une brebis incapable de suivre les moutons.» Le Prophète (que la prière et la paix d'Allah soient sur lui) reprit : « A-t-elle du lait ? » Elle répondit : « Elle est trop épuisée pour en avoir.» Le Messager d’Allah (que la prière et la paix d'Allah soient sur lui) dit : « Me permettrais-tu de la traire ? » Elle dit : « Oui ! Ma foi ! Vas-y si tu peux en tirer du lait.» Le Prophète (que la prière et la paix d'Allah soient sur lui) passa sa main sur les mamelles de la brebis, prononça le nom d’Allah, et pria. Alors, le lait s’échappa et coula. Il demanda à la femme d’apporter un récipient, le Prophète (que la prière et la paix d'Allah soient sur lui) s’engagea à la traire au point de voir le récipient surmonté d’écume. Il désaltéra Oum Maabad qui alors but à son aise, suivie en cela par les compagnons et le Prophète (que la prière et la paix d'Allah soient sur lui) lui-même. Il s’engagea à la traire une seconde fois au point de remplir le récipient qu’il laissa alors avec elle, avant de se remettre en route. Le mari d’Oumm Maabad, ne tarda pas à rentrer poussant devant lui des chèvres qui n’avaient plus que la peau sur les os. Lorsqu’il vit le lait, il s’étonna et dit : « D’où te vient ceci ? Ma foi ! Il n’y avait pas de lait à la maison, que je sache ! » Sa femme lui répondit : « C’est vrai, mais, par Allah ! Un homme est passé disant ceci et cela dans un état comme ceci et comme cela.» L’homme reprit : « Par Allah ! je pense que c’est le gars des Koraïchites, celui qu’ils cherchent. Décris-le-moi. » Oumm Maabad le lui décrivit dans sa beauté physique et sa parole splendide qu’à force d’écouter l’auditeur avait l’impression de le voir en personne et de se trouver devant lui. Nous reviendrons sur ce point en abordant vers la fin, les traits caractéristiques du Prophète (que la prière et la paix d'Allah soient sur lui). Alors Abû Maabad dit : « Par Allah ! Celui-là, c’est l’homme des Koraïchites, celui au regard duquel, ils disent ce qu’ils disent. J’ai déjà songé à l’accompagner mais sans aucun doute je le ferai à la première occasion ». Du côté de La Mecque, une voix retentit, le matin, sans que personne n’arrivât à en connaître l’origine. Elle disait :

« Qu’Allah le Seigneur du Trône rétribue en bien deux compagnons descendus chez Oumm Maabad
et qui furent bienfaisants à leur arrivée, comme à leur départ heureux qui passa la soirée en compagnie de Muhammad.
Ô combien les Koraïchites tirent profit de ce dont Allah vous détourne.
Leur œuvre et leur bienveillance sont sans prix
Banou Kaab n’ont plus à s’en faire
Assuré est leur rôle dans l’ordre des croyants.
Interrogez donc votre sœur au sujet de la brebis.
Si vous le faites, c’est la brebis même, qui témoigna.»

Asmâ dit : « Nous ne savions pas vers où s’orientait le Messager d’Allah (que la prière et la paix d'Allah soient sur lui) lorsqu’un djinn arriva au-dessous de La Mecque et récita ces vers. Les gens le suivaient, écoutaient sa voix mais ne le voyaient pas. Ainsi continua-t-il jusqu’à sa sortie par le haut. Lorsque nous eûmes entendu sa parole nous sûmes que le Prophète (que la prière et la paix d'Allah soient sur lui) s’orientait vers Médine.

5. En route, le Prophète (que la prière et la paix d'Allah soient sur lui) rencontra Bouraida ibn Al-Hasîb Al-Aslami entouré de près de 80 ménages qui embrassèrent l’Islam avec lui. Il accomplit, avec eux derrière, la dernière prière du dernier crépuscule (al-Ichâ). Bouraida résida sur le terroir de sa tribu jusqu’après Uhud, moment où il rejoignit le Prophète (que la prière et la paix d'Allah soient sur lui). Abdoullah ibn Bouraida a rapporté que le Messager d’Allah (que la prière et la paix d'Allah soient sur lui) était toujours optimiste et non point pessimiste. Bouraida s’en allait à cheval en compagnie de 70 cavaliers de son clan appartenant à Banî Sahm. Alors il rencontra le Prophète (que la prière et la paix d'Allah soient sur lui) qui lui dit : « A quel clan appartiens-tu ? » Il répondit : « Aslam ». Le Prophète (que la prière et la paix d'Allah soient sur lui) dit alors à Abû Bakr : « Nous somme sauvés », et ensuite s’adressa encore à Bouraida : « A quelle dynastie appartiens-tu ? » Celui-ci dit : « à Banî Sahm », et le Prophète de dire : « Ta flèche est sortie.»


6. Le Messager d’Allah (que la prière et la paix d'Allah soient sur lui) passa auprès d’Abû Aws Tamim ibn Hajar ou Abû Tamim ibn Hajar Al-Aslami à Kahdâwât entre al-Jouhfa et Harachi (dans al-Araj), alors que leur voyage avait été à un moment ralenti dans l’après-midi, lui et Abû Bakr étant montés sur un même chameau. Alors, Aws fit monter le Prophète (que la prière et la paix d'Allah soient sur lui) sur un étalon de chameau et, ensuite, envoya avec les deux compagnons un garçon à lui, appelé Masaoud, auquel il parla en ces termes : « Fais les passer par là que tu sais être un chemin sûr et ne les quitte pas.» Le garçon les fit passer par le chemin en question au point de les faire accéder à Médine. Ensuite, le Messager d’Allah (que la prière et la paix d'Allah soient sur lui) laissa Masaoud repartir chez son maître après l’avoir chargé de dire à celui-ci de marquer ses chameaux au cou comme c’était le cas avec les chevaux, à savoir deux anneaux séparés par un trait, car c’était là la marque de sa tribu. Lorsque les associateurs se présentèrent, le dimanche, Aws ordonna à son serviteur Masaoud ibn Hounaida de quitter al-Araj et de se rendre à pied auprès du Prophète (que la prière et la paix d'Allah soient sur lui) l’informer de leur présence. Ceci a été mentionné par Ibn Mâkoulâ rapportant les propos d’at-Tabari. Aws embrassa l’Islam après l’arrivée du Messager d’Allah (que la prière et la paix d'Allah soient sur lui) à Médine. Il résidait à Al-Araj.


7. En cours de route et à Batn Rîm, le Prophète (que la prière et la paix d'Allah soient sur lui) rencontra az-Zoubair en compagnie des musulmans : Des commerçants en provenance de la Syrie. az-Zoubair donna alors au Messager d’Allah (que la prière et la paix d'Allah soient sur lui) et à Abû Bakr des vêtements blancs.

LA DESCENTE A QOUBÂ

Le lundi 8 du mois Rabia al-Awwal de l’an 14 de la prophétie – première année de l’Hégire (23 septembre 622 du calendrier grégorien), le Prophète (que la prière et la paix d'Allah soient sur lui) est descendu à Qoubâ. Orwa ibn az-Zoubair dit : « Les musulmans de Médine avaient appris que le Messager d’Allah (que la prière et la paix d'Allah soient sur lui) avait quitté La Mecque. Aussi, tous les malins se rendaient-ils sur la route où ils se mettaient à l’attendre jusqu’au moment où la chaleur de midi les renvoyait dans leurs demeures. Un jour, ils s’en retournèrent après avoir longuement attendu. Cependant, dés qu’ils eurent regagné leurs maisons, un juif qui était monté sur un blockhaus pour observer quelque chose, aperçut, sans illusion, le Messager d’Allah (que la prière et la paix d'Allah soient sur lui) et ses compagnons tous de blanc vêtus. Alors celui-ci ne put s’empêcher de crier du plus haut de sa voix : « Ô Arabes ! Voici votre grand-père que vous attendiez.» Aussi, les musulmans sortirent-ils. Ils reçurent le Messager d’Allah (que la prière et la paix d'Allah soient sur lui) au-delà de la route.

Ibn Al-Qayyim dit : « J’entendis la clameur et les Allâhou Akbar chez Banî Amr ibn Awf : les musulmans, contents de son arrivée, criaient « Allâhou Akbar ». Ils allèrent à sa rencontre, l’accueillirent, le saluèrent comme un Prophète et l’entourèrent tout en se mettant à graviter autour de lui qui, alors restait calme, faisant preuve de quiétude et de sérénité. Il lui fut révélé ce qui suit :

« alors ses alliés seront Allah, Gabriel et les vertueux d' entre les croyants, et les Anges sont par surcroît (son) soutien. » Sourate 66 : 'L'interdiction' - verset 4
Amr ibn az-Zoubair dit : « Alors ils reçurent le Messager d’Allah (que la prière et la paix d'Allah soient sur lui) qui, entouré par la foule, bifurqua vers la droite, au point de descendre chez Banî Amr ibn Awf et cela, un lundi, Abû Bakr se mettait à contenir la foule, alors que le Messager d’Allah (que la prière et la paix d'Allah soient sur lui) était assis, silencieux, salué par les médinois qui venaient d’arriver et qui ne l’avaient pas encore vu ». Un autre document mentionne : « Les gens venaient saluer Abû Bakr jusqu’au moment où celui-ci, voyant que le Prophète (que la prière et la paix d'Allah soient sur lui) avait chaud, lui donna de l’ombre à l’aide de son manteau. A ce moment, les gens reconnurent le Messager d’Allah (que la prière et la paix d'Allah soient sur lui).» Toute la ville de Médine était là pour l’accueil. C’était un jour solennel et l’histoire de cette ville n’en avait jamais connu de semblable. Les juifs constatèrent la véracité de l’annonce faite par le Prophète Habkouk : « Allah vient de Taymân et le Saint des montagnes de Fâran.»

A Qoubâ, le Messager d’Allah (que la prière et la paix d'Allah soient sur lui) descendit chez Kalthoum ibn Al-Hadm. D’autres disent au contraire qu’il descendit chez Saad ibn Khaythama, toutefois la première assertion est plus consistante. En fait, Ali ibn Abi Tâlib resta pendant trois jours à La Mecque, pour rendre aux gens ce qu’ils avaient confié au Messager d’Allah (que la prière et la paix d'Allah soient sur lui). Ensuite, émigrant à pied, il rejoignit les deux compagnons à Qoubâ et alors descendit chez Kalthoum ibn Al-Hadm. Le Prophète (que la prière et la paix d'Allah soient sur lui) passa quatre jours à Qoubâ : lundi, mardi, mercredi et jeudi. Il fonda la mosquée de Koubâ et y pria, la première mosquée fondée sur la crainte d’Allah après l’avènement de la prophétie. Le jeudi (le vendredi selon d’autres) il se mit en scelle sur l’ordre d’Allah, Abû Bakr montant en croupe. Il envoya auprès de Banî An-Najjâr- ses oncles maternels et ceux-ci se présentèrent munis de leurs épées. Il allait vers Médine lorsque la prière du vendredi le trouva chez Banî Sâlim ibn Awf. Alors, restant avec ceux-ci, il en dirigea la prière au sein de la mosquée située au fond de la vallée. La congrégation comptait 100 hommes.

L’ENTREE A MEDINE

Après la prière du vendredi, le Prophète (que la prière et la paix d'Allah soient sur lui) entra à Médine. Depuis ce jour, la ville de Yathrib fut connue sous le nom de Madinatou ar-rasoul ( la ville du Prophète ) en abrégé : Médine. C’était un grand jour historique. Les maisons et les chemins vibraient de louanges et de vénérations dédiées à Allah. Les filles de Médine chantaient le poème suivant, envahies de joie et de gaieté :

« La pleine lune luit et nous éclaire à Médine. Il nous faut donc être reconnaissants, tant qu’on nous appelle à Allah. Ô Toi qu’on a envoyé auprès de nous ! Y Tu apportes l’ordre auquel nous obéirons.»

Al-Ansâr (les partisans du Prophète à Médine), même s’ils n’avaient pas de grandes richesses, souhaitaient tous voir le Prophète (que la prière et la paix d'Allah soient sur lui) descendre chez eux. Jamais celui-ci ne passait dans une des maisons d’Al-Ansar sans que le mors de sa monture ne fût saisi par des gens qui, alors, disaient : « Venez chez les plus nombreux, aux raisins et au régal.» Le Messager d’Allah (que la prière et la paix d'Allah soient sur lui) leur disait : « Ôtez-vous de son chemin. Elle obéit à un ordre.» La monture poursuivit sa marche jusqu’à l’endroit actuel de la mosquée du Prophète ; alors, elle s’agenouilla, mais ensuite se releva, marcha un peu, fit volte face, revint et s’agenouilla au premier endroit. Alors le Messager d’Allah (que la prière et la paix d'Allah soient sur lui) descendit chez Banî An-Najjâr mêmes , ses oncles à qui Allah avait bien voulu accorder une telle chance. En effet, il plut au Très-Haut de les honorer en faisant descendre chez eux leur neveu. Les gens se mirent alors à s’adresser au Prophète (que la prière et la paix d'Allah soient sur lui), lui demandant de descendre chez eux. Abû Ayoub Al-Ansâri se dépêcha de prendre ses bagages pour les emmener chez lui. Le Messager d’Allah (que la prière et la paix d'Allah soient sur lui) se mettait à dire : « L’homme est avec ses bagages.» Assad ibn Zourara vint se saisir des rênes de sa monture qui, elle resta chez lui. Dans le rapport fait par Anas selon al-Boukhârî, le Prophète (que la prière et la paix d'Allah soient sur lui) dit : « Laquelle des maisons appartenant aux nôtres est plus proche ? » Alors Abû Ayoub dit : « La mienne, Ô Messager d’Allah ! La voici ma maison et ceci en est la porte. Allons-y ! on nous a préparé un repas. Levez vous avec la bénédiction d’Allah.» Quelques jours après, le Prophète (que la prière et la paix d'Allah soient sur lui) fut rejoint par sa femme Sawda, ses deux filles Fâtima et Oumm Koulthoum, Ousâma ibn Zayd et Oumm Ayman en compagnie de Abdillah ibn Abi Bakr qui conduisait la famille d’Abû Bakr dont on notait Aicha. Zaynab était restée chez Abil-As et ne put émigrer qu’après la batailla de Badr. Aicha dit : « Après que le Prophète fut arrivé à Médine, Abû Bakr et Bilâl tombèrent malades. Alors j’allai les voir et dis : « Père, comment vas-tu ? Bilâl comment vas-tu ? » Sous le coup de la fièvre, Abû Bakr disait toujours :

« On souhaite à l’homme le bonjour dans sa famille alors que la mort lui est plus proche que ses chaussures.»

Guéri de sa fièvre, Bilâl disait :
« Vais-je encore passer la nuit dans une certaine vallée avec autour de moi Idhar et Jalil.
Retournerai-je un jour aux eaux de Mijjâna ?
Reverrai-je Châmah et Toufail ? »

J’allais voir le Messager d’Allah (que la prière et la paix d'Allah soient sur lui) et l’informai. Il dit :

« Seigneur ! Fais nous aimer Médine de la même façon que nous aimons La Mecque, voire plus. Restaure sa santé, bénis son accueil, chasses-en la fièvre et protège-la.»

Ici, s’achève l’une des parties de la biographie du Messager d’Allah (que la prière et la paix d'Allah soient sur lui) et l’une des étapes de l’appel islamique, à savoir celle de La Mecque.

  • Auteur : Professeur Safi Ar-Rahman al-Moubarakfouri, professeur de l'université salafiste de l'Inde.
  • Révisé par l'association Aux Sources de l'Islam
  • Extrait du livre "LE NECTAR CACHETE" Édition Darussalam
  • (Il est vivement conseillé aux frères, et sœurs de se le procurer.)
  • SourceIslam.com

Le voyage nocturne et l’ascension

Alors que le Prophète (que la prière et la paix d'Allah soient sur lui) traversait une telle étape où son appel se passait entre la réussite et persécution et où les étoiles de l’espoir commençaient à apparaître à l’horizon, s’ouvrit l’épisode du voyage nocturne et de l’ascension.

Il existe plusieurs versions quant à la datation de cet évènement ; par exemple:

1. Le voyage nocturne eut lieu au cours de l’année dans laquelle, Allah accorda le grade de « prophète » à Muhammad (d’après at-Tabari).

2. Il eut lieu cinq ans après le début de la mission (d’après an-Nawawi et al-Qourtoubi).

3. Il eut lieu le 27 du mois de Rajab de l’an 10 de la prophétie (d’après son Eminence al-Mansourfouri).

4. Il eut lieu dix mois avant l’Hégire c’est à dire au mois de Ramadan de l’an 12 de la prophétie.

5. Il eut lieu un an et deux mois avant l’Hégire, c’est à dire, au mois de Muharram de l’an 13 de la prophétie.

6. Il eut lieu un an avant l’Hégire c’est à dire, au mois de Rabi’al-Awwal de l’an 13 de la prophétie.

Les trois premières versions sont évacuées dans la mesure où Khadîja (qu’Allah soit satisfait d’elle) mourut au mois de Ramadan de l’an 10 de la prophétie. Or, sa mort eut lieu avant que ne fussent rendues obligatoires les cinq prières et, il n’y a aucune divergence sur le fait que l’institution des cinq prières obligatoires eut lieu lors du voyage nocturne. Quant aux trois versions restantes, je ne vois pas comment en privilégier une à l’exclusion des deux autres. Toutefois, le contenu de la sourate17 : ‘ le voyage nocturne’ montre que ce voyage a été très tardif.

Les Imams traditionalistes ont rapporté cet événement dans ses moindres détails. Nous allons, dans ce qui suit, faire un bref rappel dans ce sens.

Selon ibn Al-Kayyim, le Prophète (que la prière et la paix d'Allah soient sur lui) fit le voyage nocturne corps et âme, de la Sainte Mosquée à, Jérusalem, monté sur Al-Bourak et en compagnie de Jibril (Gabriel) (paix et salut sur eux).

Il descendit à Jérusalem, dirigea la prière des prophètes, alors qu’Al-Bourak restait attaché à la porte de la mosquée. Ensuite, ont le fit monter la nuit même, de Jérusalem au ciel le plus proche. Arrivé au premier ciel, Jibril demanda qu’on lui ouvrît la porte. Celle-ci lui fut ouverte. Il vit Adam, le père des hommes. Alors, il le salua et celui-ci lui souhaita la bienvenue, lui rendit le salut et reconnut sa prophétie. Allah montra ensuite à son Messager (que la prière et la paix d'Allah soient sur lui) l’esprit des martyrs à sa droite et celui des méchants à sa gauche.

Ensuite, on le fit monter au deuxième ciel ; Jibril demanda qu’on lui ouvrît la porte. Là, le Prophète (que la prière et la paix d'Allah soient sur lui) trouva Yahyâ ibn Zakariya et Isâ ibn Mariam, les rencontra et les salua. Ceux-ci lui rendirent le salut, lui souhaitèrent la bienvenue et reconnurent sa prophétie.

Ensuite, on le fit monter au troisième ciel où il trouva Youssouf et le salua. Celui-ci lui rendit le salut, lui souhaita la bienvenue et reconnut sa prophétie.

Ensuite on le fit monter au quatrième ciel où il trouva Idris et le salua. Celui-ci lui rendit le salut, lui souhaita la bienvenue et reconnut sa prophétie.

Ensuite, on le fit monter au cinquième ciel où il trouva Hâroun ibn Imran et le salua. Celui-ci lui rendit le salut, lui souhaita la bienvenue et reconnut sa prophétie.

Ensuite on le fit monter au sixième ciel où il rencontra Moussâ ibn Imran et le salua. Celui-ci lui rendit le salut, lui souhaita la bienvenue et reconnut sa prophétie. Lorsqu’il eut dépassé Moussâ, celui-ci pleura. Il lui demanda: « Pourquoi pleures-tu ? » Moussâ répondit: « Je pleure parce qu’on a, après moi, envoyé un jeune dont le peuple comportera plus que le mien, un nombre d’entrants au paradis.» Ensuite, on le fit monter au septième ciel où il rencontra Ibrahim (paix sur lui) et le salua. Celui-ci lui rendit le salut, lui souhaita la bienvenue et reconnut sa prophétie.

Ensuite, on le fit monter vers le Jujubier Céleste et après, vers Al-Bayt Al-Maamour.

Ensuite on le fit monter vers le Tout- Puissant duquel il s’approcha alors au point de n’en être séparé que par la longueur de deux arcs au moins. Allah lui révéla ce qu’Il lui révéla et lui imposa cinquante prières. En s’en retournant, le Prophète (que la prière et la paix d'Allah soient sur lui) passa devant Moussâ qui lui demanda: « Que t’a-t-il ordonné de faire? » Il répondit: « Cinquante prières. » Moussâ reprit; « Ton peuple ne supportera pas cela ! Retourne auprès de ton Seigneur et demande-lui de réduire cela pour ton peuple ! »

Le Messager d’Allah (que la prière et la paix d'Allah soient sur lui) se retourna vers Jibril, comme pour lui demander son avis. Celui-ci fit un signe voulant dire: « Oui, si tu veux », et ensuite le fît monter jusqu’au Tout- Puissant qui était à Sa place – selon la formulation d’al-Boukhârî à certains égards- Allah défalqua dix prières des cinquante. Le Prophète (que la prière et la paix d'Allah soient sur lui) redescendit, passa devant Moussâ et l’informa.

Celui-ci lui dit: « Retourne à ton Seigneur et demande-lui de réduire encore.» Ainsi, le Messager d’Allah (que la prière et la paix d'Allah soient sur lui) ne cessa de faire la navette entre Moussâ et Allah le Tout-Puissant jusqu’à ce qu’il ne restât que cinq prières. Moussâ lui conseilla de retourner demander une réduction mais dit : « j’ai honte de mon Seigneur. Je me contente des cinq ». Lorsqu’il se fut éloigné quelqu’un appela et dit: « J’ai imposé mon obligation et soulagé mes serviteurs.»

Ibn Al-Kayyim a ensuite rapporté une divergence au sujet de la question de savoir s’il a vu Allah le Tout-Puissant. Ce faisant, il a rappelé ce qu’a dit Ibn Taymiyya, à ce sujet. En définitive, la vue d’œil est fondamentalement une assertion sans consistance: aucun des compagnons n’en a parlé. Il est vrai que ce qu’on a rapporté d’Ibn Abbas fait état d’une vue absolue et d’une vue du cœur. Toutefois la première n’exclut pas la seconde. Ensuite ibn Al-Kayyim dit: « Quant à la parole d’Allah que l’on trouve dans la sourate 53 : ‘L’ étoile’- verset 8, à savoir :

« Puis il sa rapprocha et descendit encore plus bas »

elle ne signifie pas la même chose que « le rapprochement » que l’on trouve dans la sourate17 : ‘Le voyage nocturne ’. La parole contenue dans la sourate 53 : ‘L’ étoile’ rend compte du rapprochement et de la descente encore plus bas de Jibril comme l’ont noté Aicha et ibn Mas’oud. En tout cas, le contenu va dans ce sens. S’agissant du rapprochement et de la descente encore plus bas dans la sourate17 : ‘Le voyage nocturne ’, il ne fait aucun doute qu’il s’agit là du rapprochement et de la descente encore plus bas du Seigneur. Ce n’est pas la même chose que ce qu’il y a dans la sourate 53 : ‘L’ étoile’ où l’on note que le Prophète (que la prière et la paix d'Allah soient sur lui) vit une autre descente au Jujubier Céleste, à savoir celle de Jibril. Celui-ci a deux fois de suite été vu par Muhammad (que la prière et la paix d'Allah soient sur lui) sous sa forme véritable: une fois sur terre et une fois au Jujubier Céleste, mais Allah sait mieux que quiconque ce qu’il en est exactement. Certains rapports mentionnent que la poitrine du Prophète (que la prière et la paix d'Allah soient sur lui) a également été fendue à l’occasion et que celui-ci avait vu énormément de choses à cette étape. On lui présenta du lait et du vin et il choisit le lait. Alors, on lui dit: « On t’a guidé vers le bon naturel ou tu as choisi le bon naturel. Si tu avais choisi le vin tu aurais induit en erreur ton peuple. » Il vit quatre fleuves au paradis: deux fleuves externes et deux fleuves internes. Les fleuves externes sont le Nil et l’Euphrate dans leur principe. Les deux autres sont à l’intérieur du paradis.

Il se peut que le sens de l’évocation du Nil et de l’Euphrate soit une allusion à la réalité de la domination de l’Islam dans les régions correspondantes. Allah sait mieux que quiconque ce qu’il en est exactement. Il vit le gardien de l’enfer. Celui-ci ne rit jamais. Son visage n’exprime ni joie, ni détente. De même il vit le paradis et l’enfer. Il vit ceux qui, de leur vivant, abusaient des biens des orphelins par injustice à leur égard: ils avaient des mufles pareils à ceux des chameaux.

On projetait dans ces mufles des éléments de l’enfer pareils à des pierres qui leur sortaient par le derrière. Il vit les usuriers qui, chacun, munis d’un énorme ventre, ne pouvaient bouger de leurs places, alors que les gens du pharaon passant devant eux, pour être exposés à l’enfer, les piétinaient. Il vit les fornicateurs qui avaient en face d’eux une viande graisseuse et saine et, à côté de celle-ci une autre de mauvaise qualité et puante. Ils mangeaient de la dernière à l’exclusion de la première. Il vit les femmes qui attribuaient à leur mari des enfants qui n’étaient pas les leurs. Il les vit suspendues par leurs seins. Il vit les marchandises des gens de La Mecque à l’aller comme au retour et avait donné à ceux-ci des indications sur un chameau qui leur avait échappé. Il but de l’eau des caravaniers contenue dans un récipient à couvercle, à un moment où ceux-ci dormaient et, ensuite, laissa le récipient fermé, ce qui était une preuve de la légitimité de ses prétentions, le lendemain matin du voyage nocturne.

Ibn Al-Kayyim note: « Le lendemain matin, le Messager d’Allah (que la prière et la paix d'Allah soient sur lui) informa son peuple de ce qu’Allah, le Tout- Puissant lui avait montré comme grands signes. Alors, ceux-ci le démentirent formellement, le traitèrent avec acharnement. Ils lui demandèrent de leur décrire Jérusalem. Allah aussitôt lui éclaira la ville pour lui permettre de bien la voir. Ils commencèrent à l’interroger sur les signes qu’il avait vus mais ne pouvaient rien réfuter de ce qu’il avançait. Le Prophète (que la prière et la paix d'Allah soient sur lui) les informa sur la position et le retour de la caravane chargée de leurs marchandises. Il les informa su moment auquel devait arriver cette caravane. Il les informa du chameau qui ouvrait la marche et, toutes les informations qu’il apportait correspondaient à la réalité. Toutefois, tout cela les rendit plus hostiles que jamais car, les injustes qu’ils étaient, ne pouvaient que renier.

Selon ce qu’on raconte, Abû Bakr (qu’Allah l’agrée) fut appelé « As-Siddik » (le véridique) par référence à sa confirmation de l’événement alors que les gens en reniaient la réalité. La justification la plus incisive et la plus remarquable de ce voyage est la parole d’Allah exprimée en ces termes:

«… afin de lui faire voir certaines de Nos merveilles. … »

Sourate 17 : 'Le voyage nocturne'- verset 1

Telle est la loi d’Allah au regard des prophètes. Allah précise:

« Ainsi, avons-Nous montré à Abraham le royaume des cieux et de la terre afin qu’il fût de ceux qui croient avec conviction »

Sourate 6 : ‘Les bestiaux' verset 75

Il dit au sujet de Moussâ :

« Afin que Nous te fassions voir de Nos prodiges les plus importants. »

Sourate20 : 'Ta-Ha' - verset 23

Illustrant à cet égard l’application de Sa volonté, il dit: « Pour qu’il soit de ceux qui croient avec conviction ». Après avoir fondé la science des prophètes sur la perception des prodiges, Allah permet à ceux-ci de voir, par l’œil de la certitude, des réalités hors-destin ; or, l’information est tout à fait différente de la perception. Voilà pourquoi les prophètes supportaient dans la voie d’Allah ce que d’autres ne supportaient pas. Toutes les forces du monde réunies ne représenteraient auprès d’eux que l’aile d’un moustique. Ils n’accordaient aucune importance aux épreuves et aux supplices. La sagesse et les mystères que cachent les composantes de ce voyage constituent un domaine de recherche ayant alimenté les contenus des livres relatifs aux secrets de la Chariaa. Cependant, il s’agit ici de réalités simples qui, jaillissant des sources du voyage béni, déferlent vers les jardins fleuris de la Sira prophétique. Puisse Allah répandre sa bénédiction et sa paix sur le propriétaire de tels jardins. A cet égard j’ai tenu à mentionner tant soit peu de cette sagesse et de ces secrets.

Le lecteur aura constaté que dans la sourate17 (Al-Isra), Allah ne fait cas du voyage nocturne que dans un seul verset après lequel, il commence à faire mention des turpitudes et des crimes juifs, attirant l’attention de ces derniers sur le fait que le Coran guide vers les meilleures actions. Il peut en venir à penser que les deux versets ne sont pas liés, ce qui est loin d’être le cas car, Allah, par ce style, montre tout simplement que le voyage nocturne, en s’effectuant vers Jérusalem, signifiait que les juifs allaient perdre leur poste dirigeant de l’humanité, étant donné qu’ils avaient commis des crimes incompatibles avec leur maintien au poste et qu’Allah effectivement allait transférer le poste au Messager d’Allah (que la prière et la paix d'Allah soient sur lui) et mettre à la disposition de celui-ci l’ensemble des deux centres d’appel ( de propagande ) d’Ibrahim (que la paix soit sur lui). Il était temps de déplacer la direction spirituelle d’un peuple à un autre, d’un peuple dont l’histoire était remplie de lâcheté, de trahison, de péchés et d’actes d’agression, à un autre débordant de bonté et de bien et dans lequel le Messager continuait de jouir de la révélation d’un coran menant aux comportements les meilleurs. Cependant, comment devait s’effectuer le changement de direction alors que le Messager errait dans les montagnes de La Mecque, chassé par les gens ? Une telle question dévoile une autre réalité à savoir qu’un cycle de cet appel islamique allait toucher à sa fin et qu’un autre, différent du premier par son processus, allait commencer. C’est pour cette raison que nous constatons que certains versets comportent un avertissement sans ambages et une menace terrible, en direction des polythéistes :

« Et quand Nous voulons détruire une cité, Nous ordonnons à ses gens opulents (d’obéir à Nos prescriptions) ; mais (au contraire) ils se livrent à la perversité. Alors, la Parole prononcée contre elle se réalise, et Nous la détruisons entièrement. Que de générations avons-Nous exterminées, après Noé ! Et ton Seigneur suffit qu’il soit Parfaitement Connaisseur et Clairvoyant sur les péchés de Ses serviteurs »

Sourate17 : ‘Le voyage nocturne’- versets 16 et 17

A côté de ces versets existent d’autres précisant aux musulmans les bases, les clauses et les principes de la civilisation sur lesquels se fonde la société islamique. Tout se passe comme si ceux-ci s’étaient retirés sur terre, y géraient leurs propres affaires dans tous les domaines et constituaient une unité globale autour de laquelle, le Messager d’Allah (que la prière et la paix d'Allah soient sur lui) trouverait un refuge, un abri où se stabiliserait son affaire, un refuge qui deviendrait un siège à partir duquel il diffuserait son appel à travers le monde. Il s’agit là d’un des secrets de ce voyage béni, secret que nous avons choisi de mentionner dans la mesure où il se rattache à nos préoccupations de recherche.

En raison de cette sagesse et de bien d’autres lui ressemblant, nous constatons que le voyage nocturne eut toutefois lieu soit avant le premier acte de reconnaissance d’Al-Akaba, soit entre les deux actes de reconnaissance d’Al-Akaba. Allah sait mieux que quiconque ce qu’il en est exactement.

  • Auteur : Pr Safi Ar-Rahman al-Moubarakfouri, Pr de l'université salafiste de l'Inde.
  • Révisé par l'association Aux Sources de l'Islam
  • Extrait du livre "LE NECTAR CACHETE" Édition Darussalam
  • (Il est vivement conseillé aux frères, et sœurs de se le procurer.)
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L’avènement de la prophétie et de la mission

Dans la grotte de Hirâ

Aux environs de la quarantaine, le Prophète (que la prière et la paix d'Allah soient sur lui) constata que ses méditations antérieures avaient élargi le fossé entre lui et son peuple et préféra la solitude. Muni de vivres et d’eau, il se rendait à la grotte de Hirâ, dans la montagne de la lumière (Jabel an-Nour) située à peu près à 4 km de La Mecque.
Il s’agit d’une grotte agréable de 4 coudées de long et de 1.75 coudées de large. Il y passait le mois de Ramadan, nourrissait les pauvres qui le rejoignaient, passait son temps à l’adoration et à la réflexion sur la puissance créatrice.

Le polythéisme absurde et les représentations inconsistantes de son peuple ne le rassuraient pas.
Cependant, il ne disposait ni d’une voie claire, ni d’une méthode définie, ni d’une démarche orientée pouvant lui apporter dans ce sens quiétude et satisfaction.
Son choix de la solitude était un aspect de la guidance d’Allah à son égard, guidance destinée à le détacher des préoccupations d’ordre terrestre, du tumulte de la vie, des petites considérations dont les gens meublaient leur vie, aux fins de le préparer à la grande affaire qui l’attendait.
Ainsi, le Prophète (que la prière et la paix d'Allah soient sur lui) s’apprêter à endosser la lourde responsabilité, à changer la face du globe et à modifier le cours de l’Histoire.
Pendant trois ans, Allah le voua à cette solitude avant de lui faire porter Son message.
Le Prophète (que la prière et la paix d'Allah soient sur lui) se lança donc dans cette solitude pendant un mois au cours duquel il communiait avec l’esprit de l’univers, méditait sur le mystère que cachait l’existence, jusqu’au moment où sonna l’heure de traiter
Avec ce mystère sous l’autorisation d’Allah.

Jibril (Gabriel) descendit avec la révélation

Lorsque le Prophète (que la prière et la paix d'Allah soient sur lui) eut 40 ans révolus-ce qui est le summum de la perfection, qualité à partir de laquelle selon certains, Allah choisit Ses prophètes- les indices de la prophétie commencèrent à ce faire jour.
De ces indices, on note qu’une pierre de La Mecque saluait le Prophète (que la prière et la paix d'Allah soient sur lui) et que celui- ci ne faisait aucun rêve qu’il ne vit se réaliser. Ces indices apparurent pendant 6 mois. La durée de la prophétie fut de 23 ans. Quant aux rêves vrais, ils constituent un des 46 éléments de la prophétie.


Au mois de Ramadan de la troisième année de solitude dans la grotte de Hirâ, il plut à Allah d’inonder l’humanité de sa clémence en choisissant Muhammad comme Prophète et comme messager. Il envoya Jibril (Gabriel) lui révéler des versets du Coran.
Après recoupement, observation et analyse des indicateurs, on peut identifier ce jour-là comme étant le lundi 21 du mois de Ramadan, dans la nuit, ce qui correspond au 10 Août 610 G.
A l’époque, le Prophète (que la prière et la paix d'Allah soient sur lui) avait exactement quarante années lunaires, 6 mois et 12 jours ou en d’autres termes 39 années solaires, 3 mois et 20 jours.


Ecoutons Aicha l’intime (qu’Allah soit satisfait d’elle) nous raconter l’histoire de cet événement qui, point de départ de la prophétie, commençait à repousser les ténèbres de l’impiété et de l’égarement
Au point de changer le cours de la vie et aussi de modifier la perspective de l’Histoire.
Elle dit : « les premières manifestations de la révélation chez Muhammad (que la prière et la paix d'Allah soient sur lui) furent des rêves profitables : Il ne faisait aucun rêve sans en voir la réalisation. Ensuite, on lui fait aimer la solitude.
A cet égard, muni de provisions, il s’isolait dans la grotte de Hirâ, fuyant l’adoration des idoles et se consacrant à Allah, s’approvisionnait et repartait, ainsi de suite jusqu’au moment où la vérité apparut dans la grotte.
Alors, l’Ange se présenta à lui et dit : « Lis ! »
« Je ne sais pas lire » dit le Prophète (que la prière et la paix d'Allah soient sur lui). L’Ange le saisit et l’étrangla jusqu’au point de le mener à l’étouffement.
Ensuite, il le lâcha et reprit : « Lis ! » Le Prophète répéta : « Je ne sais pas lire.» L’Ange l’étrangla une deuxième fois au point de le mener à l’étouffement, après quoi, il le lâcha et dit :« Lis ! » L’Ange le saisit une troisième fois et l’étrangla, ensuite, il le lâcha et dit « Lis ». Le Prophète insista alors, il dit :


« Lis au nom de ton Seigneur qui a créé, qui a créé l’homme d’une adhérence. Lis ! Ton Seigneur est le Très Noble »

Sourate 96 : 'L'adhérence' -versets 1, 2 et 3.

Le Messager d’Allah (que la prière et la paix d'Allah soient sur lui) revint tout tremblant. Il se présenta chez Khadîja, la fille de Khouwaylid, disant :

« Enveloppez-moi ! Enveloppez-moi ! »

On l’enveloppa jusqu’au moment où se dissipa sa frayeur. Alors il dit à Khadîja:

« Qu’est ce qui m’arrive ? »


Celle-ci lui retraça la scène. Muhammad (que la prière et la paix d'Allah soient sur lui) reprit :

« J’avais peur pour moi-même »

Khadija dit alors « A Dieu ne plaise! , ma foi, Allah ne t’humiliera jamais. Tu cultives la parenté, composes avec tout le monde, assistes les nécessiteux, donnes l’hospitalité aux hôtes et aides à faire triompher la vérité.» Elle l’emmena chez son cousin ( à elle) Warakah ibn Nawfal ibn Asad ibn Abdil-Ozza.


Celui-ci était chrétien depuis l’époque antéislamique. Sachant écrire l’hébreu, il écrivait aisément l’évangile dans cette langue. C’était aussi un grand sage qui avait perdu la vue.
Khadija s’adressa à lui en ces termes : « Cousin, écoute ce que va te dire ton neveu ! » Warakah dit à Muhammad (que la prière et la paix d'Allah soient sur lui) : « Neveu, que s’est-il passé ? »
Celui-ci lui décrit ce qu’il vit. Warakah reprit : « ça c’est la loi qu’Allah avait fait descendre sur Moussâ. Ah ! Si seulement j’étais jeune ! Si seulement j’étais en vie au moment où ton peuple te fera sortir ! ». Le Messager d’Allah (que la prière et la paix d'Allah soient sur lui) dit :

« Vont-ils me faire sortir, eux ? »

« Oui » répondit Warakah, ajoutant : « Aucun homme n’a jamais apporté quelque chose de semblable à ce que tu apportes sans s’exposer à l’inimitié et l’adversité ; mais, si ce jour me trouve en vie je t’aiderai énergiquement. »
Ensuite, Warakah ne tarda pas à mourir. La révélation fut interrompue.

La période d’interruption de la révélation

Ibn Saad rapporte d’ibn Abbâs que la durée de la période d’interruption de la révélation fut de quelques jours. C’est cela le plus probable mais aussi ce qui se dégage après exploration de tous les aspects de cette période. Pour ce qui est de l’information répandue selon laquelle une telle période s’étendait sur trois ans ou deux ans et demi, elle ne saurait être vraie ; mais ce n’est pas ici le lieu de s’étendre sur sa réfutation.

Durant l’interruption, le Messager d’Allah (que la prière et la paix d'Allah soient sur lui) resta affligé et triste, frappé d’étonnement et de stupéfaction. A cet égard al-Boukhârî rapporte dans son livre intitulé « Kitâb at-Tabîr » les propos ci-dessous :
La révélation s’interrompit un moment. Le Prophète (que la prière et la paix d'Allah soient sur lui) selon ce qui nous a été communiqué, éprouva alors une telle tristesse et une telle amertume qu’il songea à aller précipitamment se jeter du haut des hautes montagnes. Cependant, toutes les fois qu’il était au sommet d’une montagne, prêt à se jeter dans le vide, Jibril (Gabriel) lui apparaissait et s’adressait à lui en ces termes : « Muhammad ! Tu es sans aucun doute le Messager d’Allah. » Cela le rassurait et le dissuadait de son acte.
Lorsque l’interruption de la révélation lui paraissait longue par la suite, il tentait le même acte.
Toutefois, dès qu’il était au sommet de la montagne, Jibril lui apparaissait et lui répétait les mêmes propos.

Jibril pour la deuxième fois apporte la révélation

Selon Ibn Hajar, l’objectif de l’interruption de la révélation pendant des jours était de faire revenir le Prophète (que la prière et la paix d'Allah soient sur lui) de sa frayeur et aussi de lui faire retrouver l’envie de vivre. Dès que l’objectif fut atteint et que le Messager d’Allah (que la prière et la paix d'Allah soient sur lui) se mit à attendre la suite de la révélation, Jibril revint pour la deuxième fois. D’après ce que rapporte al-Boukhârî de Jabîr ibn Abdillah, il a entendu le Messager d’Allah (que la prière et la paix d'Allah soient sur lui) parler de l’interruption de la révélation en ces termes :

« Alors que je marchais, j’entendis soudain une voix appelant du ciel .Alors, levant les yeux, je vis le même ange qui m’était apparu à Hirâ, assis sur une chaise entre le ciel et la terre .Je fus tellement surpris que je roulais à terre. De retour dans ma famille, je m’écriai : « Enveloppez-moi ! Enveloppez-moi ! » Et on m’enveloppa. » .


Alors Allah le Très- Haut fit descendre les versets :


« O, toi (Muhammad) ! Le revêtu d’un manteau ! Lève- toi et avertis. Et de ton Seigneur, célèbre la grandeur. Et tes vêtements, purifie-les. Et de tout péché, écarte-toi. »

Sourate 74 : ‘Le revêtu d’un manteau’ - versets 1, 2, 3, 4, et 5

Ensuite, la révélation se poursuivit, ininterrompue. Un autre hadith authentique mentionne : « J’ai séjourné pendant un mois à Hirâ.
Après mon séjour, je descendais ; mais lorsque je pénétrais dans la vallée …»
(Ensuite le Prophète mentionna ce qui précède.)
En d’autres termes il descendit après y avoir passé le mois de Ramadan. L’intervalle entre les deux révélations était de dix jours ; car le messager d’Allah (que la prière et la paix d'Allah soient sur lui) ne passa pas un autre Ramadan à la grotte de Hirâ après la descente de la première révélation. Ces versets de la sourate de l’adhérence (Al-Alaq) furent le point de départ de la mission. Leur postérité par rapport à l’avénement de la prophétie s’apprécie sur la base de leur période de révélation.

Ils comportent deux types de charge et précisent au Prophète les attitudes à tenir :


1. Le Prophète (que la prière et la paix d'Allah soient sur lui) avait à charge de communiquer et d’avertir ; comme le laisse apparaître la parole d’Allah : « Lève-toi et avertis. » dont le sens est « avertis les gens contre le châtiment que leur infligera Allah s’ils ne sortent pas de leur légèreté, de leur égarement, s’ils ne renoncent pas à adorer autre qu’Allah et aussi à l’associer à d’autres dans son essence, ses attributs, ses droits et ses actes.


2. Le Messager d’Allah (que la prière et la paix d'Allah soient sur lui) avait aussi à charge d’appliquer sur lui-même les ordres d’Allah, le Transcendant, le Très–Haut, de s’attacher à ces ordres pour obtenir, par ce biais, Sa satisfaction et devenir le bon exemple pour quiconque croit en Allah.
Cela apparaît dans le reste des versets :

  • « Et de ton seigneur, célèbre la grandeur.» En d’autres termes, célèbre exclusivement Sa grandeur ! Et à cela n’associe personne.
  • « Et tes vêtements, purifie-les. » Le sens littéral ici est purification des vêtements et de corps car, bien sûr, celui qui célèbre la grandeur d’Allah et se présente à lui, ne doit avoir aucune marque de souillure et de saleté. Si c’est une telle purification qu’on demande, à plus forte raison la purification des immondices du polythéisme ainsi que de la turpitude des actes et des caractères. La parole « et de tout péché, écarte-toi » veut dire : « Eloigne-toi de tout ce qui entraîne la colère d’Allah et détermine celui-ci à châtier et cela, en t’attachant à obéir et à éviter les actes de désobéissance.» La parole : « Et ne donne pas dans le but de recevoir davantage » signifie : « Ne pratique pas le bien pour ensuite en chercher rémunération chez les gens, ou viser à en avoir meilleure rétribution en ce bas monde. »
  • Quant au dernier verset « Et pour ton Seigneur, endure » il renferme un avertissement contre le mal que son peuple pourrait lui faire, (à lui ,Muhammad (que la prière et la paix d'Allah soient sur lui) si professant une autre religion, il appelait à Allah et à Allah seul, sans associé, l’avertissait contre la violence du châtiment que leur réserve celui-ci.
    De surcroît, le début de la sourate englobe un appel sublime fait d’une voix éminente –choisissant Muhammad (que la prière et la paix d'Allah soient sur lui) pour porter l’illustre charge, l’arrachant du sommeil, de son manteau et de la chaleur de son lit pour le mener au Jihâd, à la lutte et aux épreuves :

« O toi ! Le revêtu d’un manteau ! Lève-toi et avertis.»

Tout se passe comme si l’on disait : « Ceux qui vivent pour eux-mêmes pourraient trouver le repos. Quant à toi qui portes ce lourd fardeau, qu’as-tu à faire du sommeil ? Où trouveras-tu le repos ? Qu’as-tu à faire de la chaleur du lit, de la vie paisible et des commodités ? Debout ! Une grande affaire t’attend. Le lourd fardeau t’attend. Debout ! Au travail ! Fait des efforts, trime, fatigue-toi ! Debout ! Ce n’est plus l’heure du sommeil et du repos ! Tu ne connaîtras désormais qu’insomnie continuelle et pénibles activités. Debout ! Prépare-toi pour cette affaire ! Sois prêt.»

C’est donc une parole sublime et redoutable qui l’arracha de la chaleur du lit au cœur de la maison paisible, pour le pousser au large, entre les remous et les tempêtes, entre la pression et l’attraction que décrivaient la conscience des gens et la réalité de la vie.

Ainsi, le Messager d’Allah (que la prière et la paix d'Allah soient sur lui) se leva et ensuite resta debout pendant vingt ans au cours desquelles il ne connut ni repos, et ne vécut ni pour lui-même, ni pour sa famille. Il se leva et resta debout pour appeler à Allah et porter l’écrasant fardeau sans toutefois succomber, le fardeau de la grande loyauté, à la surface de cette terre, le fardeau de toute l’humanité, le fardeau de la croyance dans son entièreté, le fardeau de la lutte et du Jihâd

A mener dans des domaines extrêmement variés. Le Prophète (que la prière et la paix d'Allah soient sur lui) passa plus de vingt ans dans une bataille rude et continue. Au cours de cette période rien ne le détourna de son objectif, à savoir depuis qu’il perçut l’appel haut et sublime et reçut, par ce biais, la charge redoutable. Puisse Allah le rétribuer en bien au nom de toute l’humanité.

  • Auteur : Pr Safi Ar-Rahman al-Moubarakfouri, Pr de l'université salafiste de l'Inde.
  • Révisé par l'association Aux Sources de l'Islam
  • Extrait du livre "LE NECTAR CACHETE" Édition Darussalam
  • (Il est vivement conseillé aux frères, et sœurs de se le procurer.)
  • SourceIslam.com

La naissance du prophète


Le guide des messagers (que la prière et la paix d'Allah soient sur lui) naquit dans le carré de Banî Hachim, à Makka (La Mecque), au matin du lundi 9 Rabîa al-Awwal, au début de l’année de l’épisode de l’éléphant, à la 40ème année du règne de Kisra et de Anouchirwân, ce qui correspond au 20 ou 22 avril 571 G.

Selon ibn Saad, la mère du Prophète (que la prière et la paix d'Allah soient sur lui) dit : « Lorsque je l’ai mis au monde, il est sorti de moi une lumière qui illumina les palais de la Syrie. » Ahmad, Ad-Dârimi et autres ont rapporté quelque chose de similaire. On a rapporté aussi qu’il y eut des signes de la mission prophétique à la naissance.
En effet, 14 balcons s’écroulèrent au palais de Kisra, le feu qu’adoraient les Rois Mages s’éteignit, des églises s’écroulèrent autour du lac Sawa où elles plongèrent. Le rapport de ces signes est d’at-Tabari, d’al-Bayhaqi et d’autres. La chaîne de transmission n’est cependant pas fixe et nette.

Après avoir accouché, Amina envoya auprès de Abdul Muttalib lui annoncer la naissance de son petit-fils. Réjoui par la nouvelle, il arriva, prit le nouveau-né, l’amena dans la Kaaba, invoqua Allah et le remercia. Il lui choisit le nom de Muhammad, nom à l’époque inconnu des Arabes.

Il le circoncit à son septième jour, comme le faisaient les Arabes.

Muhammad chez Banî Saad

Les Arabes sédentaires avaient coutume de chercher des nourrices pour leurs enfants pour éviter à ceux-ci les maladies de la métropole, les doter d’une forte constitution, développer leurs muscles et leur permettre de comprendre l’arabe dès le bas âge. Ainsi, Abdul Muttalib chercha une nourrice pour le Prophète (que la prière et la paix d'Allah soient sur lui) et lui choisit une femme appartenant à Banî Saad ibn Bakr, à savoir Halima fille d’Abi Thouwayba dont le mari était Al-Harith ibn Abdil-Ozza (Abou Kabcha) et appartenant à la même tribu.
Les frères de lait du Prophète (que la prière et la paix d'Allah soient sur lui) furent : Abdullah ibn Al-Hârith, Anîsa bint Al-Hârith et Houthâfah ou Jouthâmah bint Al-Hârith plus connue sous le nom d’ ach-Chayma’.
Halima fut la nourrice du Prophète (que la prière et la paix d'Allah soient sur lui) et d’Abû Soufyan ibn Al-Hârith ibn Abdul Muttalib cousin du Messager d’Allah (que la prière et la paix d'Allah soient sur lui). Son oncle Hamza ibn Abdul Mouttalib était aussi en allaitement chez Banî Saad ibn Bakr. Sa nourrice allaita le Prophète (que la prière et la paix d'Allah soient sur lui) seul jour alors que celui-ci était chez Halima. C’est pourquoi Hamza et le Prophète (que la prière et la paix d'Allah soient sur lui) sont aussi frères de lait dans deux sens : du côté de Thouwayba et de celui de Halima As-Saadiyya.

Cette dernière découvrit de la bénédiction du Prophète (que la prière et la paix d'Allah soient sur lui) de quoi la mener à l’étonnement et à la stupéfaction. Elle raconta tout cela en détail :
Selon ibn Ishâq, Halima racontait qu’un jour elle sortit de sa bourgade avec son mari et un enfant en allaitement ; en compagnie aussi de femmes appartenant à Banî Saad ibn Bakr, à la recherche de nourrissons. - C’était, dit-elle, une année dure. Il ne nous restait rien. Je sortis sur mon ânesse blanche. Nous avions aussi avec nous une chèvre qui, par Allah, ne donnait presque pas de lait. Nous n’avions pas dormi la veille à cause des cris de faim de l’enfant que nous avions avec nous ; ce qu’il y avait dans mes seins ne lui suffisait pas, encore moins le lait de la chèvre. Toutefois, on espérait recevoir de la pluie et de la consolation.
Je sortis donc sur mon ânesse qui était si faible et si maigre que les autres ânes la laissèrent derrière. Arrivées à Makka (La Mecque), nous nous mîmes à chercher des nourrissons, mais aucune de nous n’accepta de prendre le Messager d’Allah (que la prière et la paix d'Allah soient sur lui) dans la mesure où il était orphelin. En effet, nous nous attendions à des actes de bienfaisance de la part des pères. Un orphelin ? nous disions-nous. Que peuvent bien faire sa mère et son grand-père ? Voilà sur quelle base nous ne voulions pas le prendre.
Chacune des femmes qui m’accompagnaient avait trouvé un nourrisson sauf moi. Au moment de repartir, je dis à mon mari : « Par Allah, je déteste renter avec mes compagnes les mains vides. Par Allah, il me faut retourner prendre cet orphelin.» Il répondit : « Comme tu veux. Il se peut qu’Allah nous le bénisse ».
Ainsi, je partis prendre l’orphelin, faute de mieux et retournai à mes bagages. Je ne l’eus pas plutôt mis dans ma chambre que mes deux seins se gonflèrent de lait. Alors, il assouvit sa soif et se mit à dormir, ce que son frère fit aussi après s’être rassasié, lui qui, auparavant, nous empêchait de dormir. Mon mari se leva et se rendit auprès de la chèvre qu’il trouva avec beaucoup de lait .Il la saisit, s’affaira à la traire, ce qui donna de quoi nous permettre de boire à notre aise. Cette nuit-là, nous dormîmes bien. Au matin mon mari dit : « Tu sais, Halima, par Allah, tu as pris quelqu’un de béni.» « Je l’espère ! » répondis-je.
Ensuite, nous sortîmes. Je montai alors sur mon ânesse, l’orphelin avec moi. Celle-ci était si active qu’elle dépassait tous les autres ânes. Étonnées, mes compagnes dirent : « Fille d’Abi Thouwayba, malheur à toi, doucement ! N’est-ce pas l’ânesse que tu avais en venant ? » Je leur répondis : « Si c’est la même ». Alors, reprirent-elles, par Allah ! Il y a donc quelque chose en elle. Nous arrivâmes chez nous, chez Banî Saad la plus infertile des terres que je n’eusse jamais connues. Nous constatâmes cependant que nos brebis avaient beaucoup de lait alors qu’auparavant elles n’en donnaient aucune goutte. Aussi les sédentaires de notre peuple disaient-ils à leurs bergers : « Allez faire paître les moutons là où le berger de la fille d’Abi Thouwayba fait paître les siens. » Leurs moutons étaient affamés et ne donnaient aucune goutte de lait alors que les miens étaient gras, producteurs de lait. Ainsi, Allah continua d’accroître nos faveurs et nos biens jusqu’au moment où Muhammad fut sevré, à l’âge de deux ans.

L’enfant ne grandit pas de la même manière que les autres garçons, car, lorsqu’il atteignit ses deux ans, il était déjà assez solide. Alors, je le rendis à sa mère, bien disposée à le garder, du fait de la baraka qu’il nous apportait. Je dis à sa mère : « Si tu laissais mon fils avec moi jusqu’à ce qu’il devienne plus solide, cela le préserverait des épidémies de La Mecque. » Celle-ci, aussitôt, nous autorisa à le garder.

Ainsi, le Prophète (que la prière et la paix d'Allah soient sur lui) resta chez Banî Saad jusqu’à l’âge de 4 ou 5 ans, âge auquel eut lieu la fente de sa poitrine. À cet égard, Muslim rapporte d’Anas, que Jibril s’était présenté au Messager d’Allah (que la prière et la paix d'Allah soient sur lui) alors que celui-ci jouait avec les garçons. Il le saisit, le terrassa et fendit son cœur duquel il sortit une impureté et dit : « Voici la part que Satan a de toi ». Il lava ensuite l’impureté dans une cuvette en or avec de l’eau de Zam-zam, la banda et la remit à sa place. Les garçons se précipitèrent vers sa mère (sa nourrice) et dirent : « On a tué Muhammad.» Les gens accoururent vers lui et le trouvèrent pâle. Anas dit avoir vu l’effet de l’opération sur sa poitrine.

Retour de Muhammad chez sa mère

Après l’événement de la fente, Halima eut tellement peur pour la vie de Muhammad qu’elle rendit celui-ci à sa mère. Alors, l’enfant resta chez sa mère jusqu’à l’âge de six ans.

Commémorant le décès de son mari, Amina se proposa d’aller en visiter la tombe à Yathrib. Elle sortit de La Mecque pour un voyage long de 500 km, en compagnie de son enfant orphelin, Muhammad (que la prière et la paix d'Allah soient sur lui), de sa servante Oum Ayman et de Abdul Muttalib. Elle resta pendant un mois à Yathrib avant de prendre le chemin du retour. À mi-chemin, elle fut frappée d’une maladie qui s’aggrava tellement qu’elle en mourut, à Abwâ, entre La Mecque et Médine.

Muhammad à la charge de son grand-père

Abdul Muttalib ramena Muhammad à La Mecque le cœur rempli d’affection et de sympathie pour son petit-fils orphelin que venait d’atteindre un autre malheur, en plus du premier. Il ne le laissait jamais seul et le préférait à ses fils. Selon ibn Hicham, on avait l’habitude de placer un matelas autour duquel s’installaient les fils de Abdul Muttalib jusqu’à l’arrivée de celui-ci. Aucun de tels fils n’osait s’asseoir. Ses oncles voyant que Muhammad s’installait sur le matelas, avaient l’habitude de l’en écarter. S’apercevant qu’on l’écartait Abdul Muttalib disait : « Laisser mon fils ! Par Allah il est important ». Sur ces mots, il s’asseyait avec lui sur le matelas, lui massant le dos de sa main. Tout ce qu’il faisait le réjouissait
A 8 ans, 2 mois et dix jours, Muhammad (que la prière et la paix d'Allah soient sur lui) perdit son grand-père Abdul Muttalib à La Mecque. Toutefois, avant sa mort, celui-ci l’avait confié à son oncle Abou Tâlib, frère germain de son père.

Muhammad chez son oncle Abou Tâlib

Abou Tâlib se chargea de la défense de son neveu de la manière la plus complète, le comptant parmi ses fils, le préférant même à ceux-ci, lui réservant un traitement de respect et de considération. Pendant plus de quarante ans, il l’affectionna, le soutena, assura sa protection, eut pour la défense de sa cause des amis et des ennemis.

  • Auteur : Pr Safi Ar-Rahman al-Moubarakfouri, Pr de l'université salafiste de l'Inde.
  • Révisé par l'association Aux Sources de l'Islam
  • Extrait du livre "LE NECTAR CACHETE" Édition Darussalam
  • (Il est vivement conseillé aux frères, et sœurs de se le procurer.)
  • Source : SourceIslam.com

Que représente le Coran ?

Louanges à Allah Seigneur de l’Univers. Je témoigne qu’il n’y a point de divinité digne d’adoration hormis Allah l’Unique sans associé. Et je témoigne que Muhammad est serviteur et envoyé d’Allah. Qu’Allah prie sur lui et lui accorde le salut ainsi qu’à sa famille, ses compagnons et tous ceux qui suivront sa voie jusqu’au Jour Dernier.

Le saint Coran est la lettre ou le dernier message d’Allah à l’Humanité tout entière afin qu’elle y puise son code de vie en vue de réaliser son bonheur terrestre et céleste. Ce Coran est donc la miséricorde d’Allah à l’intention de tous les êtres depuis l’avènement du Prophète Muhammad (prière et salut d’Allah sur lui), jusqu’à la fin du monde.

Il est un guide pour ceux qui cherchent la bonne voie, une lumière pour ceux qui marchent vers Allah. Le Coran est un esprit qui revivifie les cœurs et les corps comme Allah l’a dit :

« Et c’est ainsi que Nous t’avons révélé un esprit (le Coran) provenant de Notre part. Tu n’avais aucune connaissance du Livre ni de la foi ; mais Nous en avons fait une lumière par laquelle Nous guidons qui Nous voulons parmi Nos serviteurs. Et en vérité tu guides vers un chemin droit, * le chemin d’Allah à Qui appartient ce qui est dans les cieux et ce qui est sur la terre. Oui c’est vers Allah que s’acheminent toutes les choses. »

Sourate 42 : ‘ la consultation’ versets 52 et 53.


Allah a aussi dit :

« Ô gens ! Une exhortation vous est venue, de votre Seigneur (ce Coran qui enjoint tout ce qui est bien et interdit tout ce qui est mal) une guérison de ce qui est dans les poitrines (comme doute, ignorance, hypocrisie…) un guide et une miséricorde pour les croyants.»

Sourate 10 : ‘Yunus’ : verset 57.

Le Coran renferme toute science, toute connaissance, toutes les nouvelles du passé, du présent et du futur, toutes les histoires des pieux et tous les récits des mécréants, des orgueilleux et des tyrans. Bref, le saint Coran n’a rien omis, comme le témoigne Celui qui l’a révélé :


« ...Nous n’avons rien omis d’écrire dans le Livre…. »

Sourate 6 : ‘les bestiaux ‘- verset 38.


Nul ne peut donc énumérer tous les bienfaits du Coran pour l’Humanité.

Le Très Haut a en effet dit :

« Certes, ce Coran guide vers ce qu’il y a de plus droit, et il annonce aux croyants qui font de bonnes œuvres qu’ils auront une grande récompense ; * et à ceux qui ne croient pas en l’au-delà, que Nous leur avons préparé un châtiment douloureux. »

Sourate 17 : ‘le voyage nocturne’ - versets 9 et 10.


Voilà donc le témoignage d’Allah pour Son Livre : Il témoigne que le Coran guide vers ce qu’il a de plus droit, de plus juste, de plus sage et de plus utile dans toute chose : dans la croyance ou la foi, les jugements et préceptes, les adorations, les conceptions et dans toutes les affaires et situations touchant ce bas-monde et la vie future ; et cela aussi bien sur le plan individuel, national qu’international, à travers tous les temps et tous les lieux :

« Le faux ne l’atteint d’aucune part ni par devant ni par derrière, c’est une révélation émanant d’un Sage, Digne de louange.»

Sourate 41 : ‘les versets détaillés’ - verset 42.

La descente du saint Coran est meilleure que toutes les richesses que l’homme peut amasser ; C’est ainsi que le précise Le Très-Haut :


« Dis : « (Ceci provient) de la grâce d’Allah et de Sa Miséricorde ; voilà de quoi ils devraient se réjouir. C’est bien mieux que tout ce qu’ils amassent. »

Sourate 10 : ‘Yunus’ - verset 58.

Ainsi, le bonheur des individus et des peuples dépend de leur attachement à cette miséricorde divine (le Coran) comme Allah l’a dit, le jour où il ordonne au premier couple humain de sortir du Paradis pour la vie sur terre :


« Il dit : « Descendez d’ici, vous serez tous (avec vos descendants) ennemis les uns des autres. Puis, si jamais un guide vous vient de Ma part, quiconque suit Mon guide ne s’égarera ni ne sera malheureux.* Et quiconque se détourne de Mon Rappel, mènera certes, une vie pleine de gêne, et le Jour de la Résurrection Nous l’amènerons aveugle au rassemblement. »

Sourate 20 : ‘Ta-Ha’ -versets 123 et 124.

Quiconque s’en tient donc au saint Coran ne sera jamais égaré ni malheureux. Il n’aura rien à craindre et ne sera point affligé ici-bas et dans la vie future comme l’a souligné le Seigneur Très-Haut dans un autre verset :

« Nous dîmes : « Descendez d’ici, vous tous ! Toutes les fois que Je vous enverrai un guide, ceux qui le suivront n’auront rien à craindre et ne seront point affligés. »

Sourate 2 :‘la vache’- verset 38.

Le saint Coran est donc une garantie contre le malheur, l’égarement et les tentations pendant les périodes de troubles. Ali Ibn Abi Tâlib – qu’Allah l’agrée- rapporte en effet, qu’il a entendu le Messager d’Allah (prière et salut d’Allah sur lui), dire :

« Il y aura des périodes de troubles pareilles à l’obscurité de la nuit. »

« Comment s’en sortir ô Messager d’Allah ? » demandais-je." Il répondit :

« Par le biais du livre d’Allah –qu’Il soit glorifié et exalté. Il renferme des nouvelles de ceux qui ont vécu avant vous et de ceux qui viendront après vous. Il sert de loi entre vous. C’est une parole décisive qui tranche entre le vrai et le faux et non une plaisanterie frivole. Quiconque cherche une voie en dehors de lui, Allah l’égarera. Il est la corde solide d’Allah, Sa lumière évidente, le sage Rappel et la voie droite. Les passions ne peuvent point les dévier, les langues ne se confondent pas dans sa lecture et les opinions ne divergent pas à son sujet. Les savants sont toujours épris de lui et les pieux ne se fatiguent pas de sa lecture. Il ne vieillit pas pour sa lecture répétée. Ses merveilles ne finissent jamais.

A peine les djinns l’ont entendu qu’ils ont crié : « Nous avons certes entendu un Coran merveilleux qui guide vers la droiture ». Quiconque le connaît a eu une science primordiale sur les autres. Quiconque le cite dit la vérité, et quiconque juge selon lui jugera avec justice. Quiconque l’applique sera récompensé et quiconque y convie les gens sera guidé sur une voie droite.»

Rapporté par at-Tirmadhi.

Si tels sont quelques qualificatifs et bienfaits de ce grand Coran, il incombe alors à toute l’humanité de la prendre pour guide et loi dans les affaires de la vie : politiques, économiques, sociales, religieuses, éducatives, culturelles…
En effet, le monde n’a jamais connu et ne connaîtra jamais un livre complet qui reforme les âmes, les consciences et les sociétés, plus que le saint Coran. Il est en effet le plus complet et le plus important de tous les livres célestes : il renferme tout ce que renfermaient les révélations passées et il est le dernier Livre venant du Seigneur de l’Univers, Allah- le Très Haut -l’a fait descendre pour l’éducation de cet être combien honoré et privilégié par Allah : l’homme, afin qu’il puisse s’élever à l’ombre de la voie coranique au plus haut niveau que peut atteindre l’être humain.
Et afin qu’il puisse réaliser et concrétiser sa distinction et sa primauté sur toutes les autres créatures de la nature, en faisant usage de sa raison et de sa pensée pour comprendre quelques aspects de ce que renferme ce grand livre comme ordres, interdictions, lois, adorations, récits et leçons à travers chacune de ses sourates (chapitres) et à travers chacun de ses versets, mieux, à travers chacun de ses mots.
En effet, Celui qui l’a fait descendre est le Sage par excellence, le Bien informé et le Savant par excellence.

Il a donc placé chaque lettre, chaque mot, chaque verset et chaque sourate (chapitre), à la place qui lui convient, de par Sa sagesse et Sa science, de sorte que nul ne peut ni n’a le droit de déplacer en avant ou en arrière une lettre, un mot, un verset ou une sourate (chapitre) de ce Livre ; et il ne convient non plus à personne d’y ajouter ou d’en diminuer quoi que ce soit.

Ainsi, chaque musulman est tenu de s’en tenir au Coran et à la Sounnah du Prophète Muhammad qui est l’explication pragmatique du contenu Coranique.

Chaque musulman doit se soumettre corps et âme, physiquement et moralement, intérieurement et extérieurement aux ordres du saint Coran et à ceux de la Sounnah, en mettant en application ce qu’ils recommandent et en évitant ce qu’ils interdisent.

Que la prière et le salut soient sur notre prophète Muhammad, sur sa sainte famille et sur ses fidèles compagnons.

  • Ecrit par le cheikh Boureima Abdou Daouda (Président du Bureau des traductions islamiques au Niger)
  • Source : SourceIslam.com